Une atmosphère de fin de règne plane sur la Hongrie à l’approche des élections législatives du 12 avril.
Le satrape a craqué. Vendredi soir lors de son meeting à Győr, s’adressant aux contre-manifestants TISZA qui scandaient des « Mocskos Fidesz! », Viktor Orbán a perdu ses nerfs : « Vous êtes du côté des Ukrainiens, vous voulez un gouvernement pro-Ukraine, qu’on prenne l’argent des Hongrois pour l’envoyer en Ukraine ! »
Absolument rien de nouveau dans la brutalité de cette rhétorique du bouc-émissaire. Si ce n’est le ton inhabituel avec lequel la diatribe a été proférée : on y décèle l’emportement et la colère, très loin de la « force tranquille », du « calme stratégique » et du « choix sûr », les slogans du Fidesz. Mais on y décèle aussi l’incompréhension et l’impuissance de celui qui a perdu son aura, qui n’arrive plus à hypnotiser les foules et sent la fin proche. Telle une Elena Ceaușescu qui s’en prend aux soldats s’apprêtant à la fusiller.
Bien sûr, la comparaison historique est abusive et fera bondir – à raison – quiconque s’occupe de sciences politiques. Il reste que c’est le sentiment très partagé qui prévaut à l’heure actuelle dans une Hongrie qui se sait à un tournant historique, au bord de la crise de nerfs, tiraillée entre la peur du saut dans le vide ressentie par les partisans du Fidesz, et l’espoir mêlé d’inquiétude par ceux de Tisza.
« Le Fidesz dit nous protéger. Mais de qui ? De tout ce qui n’est pas hongrois, et même des autres Hongrois… »
Géza, étudiant.
L’espoir d’Evelin par exemple, jeune apprentie-pâtissière rencontrée à Hódmezővásárhely qui votera pour la première fois et dont l’enthousiasme – elle qui ne s’était jamais préoccupée de politique – a contaminé sa mère, qu’elle emmènera voter elle aussi pour la première fois de sa vie. Celui de Zsuzsa et István, un couple de retraités de Sándorfalva qui, de leur aveu, n’auraient jamais osé critiquer publiquement le régime en place, avant qu’il ne soit contesté par Péter Magyar.
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L’espoir de ces trois jeunes militants même pas en âge de voter avec qui nous avions fait le voyage en train au printemps 2024, pour le premier grand meeting de Magyar, à Debrecen. Ou de Péter, un très élégant retraité rencontré dans un rassemblement de TISZA qui aimerait « voir de [son] vivant » le « changement de régime » promis…et voir revenir ses enfants partis à l’étranger.
Et l’espoir de tant d’autres qui ne supportent plus la discorde, les divisions et le combat perpétuel qui leur est imposé, contre des ennemis fabriqués de toutes pièces. « Le Fidesz dit nous protéger. Mais de qui ? De tout ce qui n’est pas hongrois, et même des autres Hongrois… », songeait Géza, étudiant à Szeged.
Pour toutes ces personnes croisées et interrogées au cours de la campagne, Péter Magyar n’est pas le messie, juste celui qui peut les débarrasser du système et opérer un « reset » démocratique. Après quoi, ce sera au peuple de se prendre en main pour reconstruire une démocratie plus saine. Le chemin est encore long. Premier obstacle : le 12 avril.
