Les élections hongroises rassurent (un peu) les médias tchèques et slovaques sur l’état de leur démocratie

Les médias tchèques et slovaques ont attentivement suivi la campagne électorale en Hongrie, un de leurs partenaires au sein du Groupe de Visegrád. Et même si la situation politique n’est pas forcément beaucoup plus reluisante à Prague comme à Bratislava ces derniers temps, la majorité d’entre eux reconnaissent toutefois qu’en comparaison avec la Hongrie de Viktor Orbán, les choses ne vont finalement peut-être pas encore si mal que ça. Revue de presse.

Bien que les négociations entre le mouvement ANO du Premier ministre démissionnaire Andrej Babiš et le parti social-démocrate pour la formation d’une coalition gouvernementale aient échoué jeudi, laissant une nouvelle fois les Tchèques dans l’expectative quant à l’évolution prochaine de la situation politique dans leur pays, les médias tchèques réservent néanmoins une place de choix au scrutin de ce dimanche en Hongrie. Et comme partout ailleurs en Europe, l’essentiel des analyses et commentaires tourne autour de la perspective d’un troisième mandat pour Viktor Orbán, présenté sur le site de la Radio tchèque comme « l’hégémon de la politique hongroise et le combattant contre la migration ».

« La marche d’Orbán se ralentit », estimait cependant Hospodářské noviny dans son édition de jeudi. « Sa réélection est certes très probable, mais ce ne sera sans doute pas un triomphe absolu, explique le quotidien économique. Les deux principaux atouts de la campagne de Viktor Orbán ont été la hantise des réfugiés et la conjoncture économique. Le premier n’a cependant pas eu l’effet escompté, quant aux succès économiques, ils ont de vraies zones d’ombre, comme par exemple un taux d’emploi artificiellement élevé. »

« Avant de nouvelles élections, les gouvernements se vantent généralement des résultats économiques qu’ils ont obtenus durant leur mandat. Le cabinet de Viktor Orbán ne fait pas autrement. Mais il oublie bien de dire que l’argent de l’Union européenne qu’il critique tant [entre autres pour sa volonté d’imposer ses quotas de répartition des réfugiés] a également largement contribué à la prospérité de ces dernières années », note pour sa part le quotidien Lidové noviny.

« Même les médias sous l’influence du pouvoir ne peuvent guère l’aider quand les photos montrent des gardes-frontières qui s’ennuient. » 

Dans un long article publié en début de semaine, l’hebdomadaire Týden mettait lui aussi l’accent sur la peur des migrants, thème commun aux pays du Groupe de Visegrád ces trois dernières années, et soulignait que « la clôture frontalière sud, ou la barrière qui renforce la séparation entre le sud de la Hongrie et la Serbie et la Croatie, est ce dont Orbán est le plus fier. ‘Ceux qui n’arrêtent pas la migration à leurs frontières seront perdus’, avait-t-il prédit lors d’un discours à l’époque. En mars dernier, le tribunal de Szeged a condamné à sept ans et demi de prison un Syrien accusé de terrorisme pour avoir franchi la frontière en 2015 et incité ensuite à la violence en utilisant un mégaphone. Orbán se félicite de cette ligne dure et ne cache pas sa satisfaction de voir que celle-ci est suivie par d’autres pays, parmi lesquels il range la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, les Etats-Unis, l’Italie et l’Autriche. » Un peu plus loin dans le texte, le magazine relevait également que « miser sur son image du sauveur de l’Europe a été un excellent pari pour Orbán, diplômé en droit. Il reproche à Angela Merkel d’avoir laissé les réfugiés entrer en Europe au plus fort de la crise en 2015, il critique Bruxelles de toujours chercher à imposer ses quotas de répartition, et abonde dans le sens de la Pologne qui, historiquement, est très proche de la Hongrie et qui est son plus grand allié dans cette affaire. »

Sur ce point concret, Hospodářské noviny n’est toutefois pas d’accord. « Tout populisme s’épuise à un moment ou à un autre, d’autant plus quand cela fait déjà un certain temps qu’aucun réfugié ne s’est approché de cette fameuse clôture d’Orbán. Même les médias sous l’influence du pouvoir ne peuvent guère l’aider quand les photos montrent des gardes-frontières qui s’ennuient. »

De son côté, l’hebdomadaire Respekt a publié un reportage intitulé « Orbán : soit nous gagnerons nous, soit l’empire de George Soros qui veut nous prendre la Hongrie » dans lequel il raconte « comment Viktor Orbán s’est assuré l’immortalité. […] Pour lui, la politique est de la boxe. Et s’il bien un sport où la défaite est exclue, c’est bien cet art qui n’a de ‘noble’ que le nom [dans le cas du chef du gouvernement]. Pour lui, seule la victoire existe, et il est prêt à recourir à tous les moyens pour y parvenir. »

Une opposition trop divisée en Orbánistan

En Slovaquie, pays voisin tant de la République tchèque que de la Hongrie, l’analyse de la situation diffère quelque peu, même si là aussi, le succès du monarque absolu de Budapest apparaît comme une évidence. « Orbán écrase tout. Aussi grâce à la faiblesse de l’opposition », estime par exemple le site Aktuality.sz, qui fait un parallèle avec la récente crise gouvernementale à Bratislava. « La situation en Hongrie avant les élections de dimanche rappelle par certains aspects celle en Slovaquie. L’opposition n’inspire pas la confiance et n’a pas su attirer les électeurs du camp électoral. Ainsi donc, le seul enjeu est de savoir quelle majorité le Fidesz recueillera : simple ou constitutionnelle », semble regretter l’auteur qui ajoute qu’au moins « Orbán a des thèmes, là où l’opposition n’a que le combat contre lui à proposer ».

Le quotidien Pravda abonde dans ce sens lui aussi quand il affirme que « les partis qui se déclarent traditionnellement de gauche souffrent en Hongrie de la même maladie que chez nous : rares sont ceux [parmi les électeurs] qui les considèrent encore comme une force politique moderne. »

Pour essayer de mieux comprendre l’évolution inquiétante de la situation chez le voisin magyar, « une Hongrie divisée » toujours selon le journal, le site de l’hebdomadaire Týždeň avait d’ailleurs même sollicité, il y a quelques mois de cela, l’analyse d’un psychiatre – fin connaisseur de la situation politique en « Orbánistan » il est vrai – en choisissant de titrer l’entretien en question « Mais que se passe-t-il donc en Hongrie ? » avant, au bout du compte, de constater qu’« en comparaison avec la Hongrie et la Pologne, l’état de la démocratie en Slovaquie n’est finalement peut-être pas si mauvais. » Une conclusion que tempérait toutefois l’année dernière déjà le site tchèque Forum 24, « Zeman, Kaczynski, Orbán, Fico… Pourquoi nous étonnons-nous du regard que le monde porte sur nous [le Groupe de Visegrád] quand nous avons tant de fous et de détraqués au pouvoir ? »

Guillaume Narguet