Électeur déçu du Fidesz, Ákos Dudich était devenu « apolitique et apathique ». Au moment où Péter Magyar est sorti de l’ombre, au début de l’année 2024, « j’ai été comme électrisé », raconte cet éditeur et traducteur de livres, candidat sur la liste nationale Tisza aux élections législatives du 12 avril 2026. Témoignage.
Je suis né en 1975 dans une famille catholique et profondément anticommuniste, donc le changement de régime de 1989 m’a frappé avec l’ardeur révolutionnaire caractéristique de ma génération. Nous admirions alors le jeune Viktor Orbán, qui, sur la place des Héros, exigeait le retrait des troupes russes stationnées en Hongrie, criant : « Ruszkik haza ! » (« Russes, rentrez chez vous ! »).
Avec le temps, nous avons réalisé que le Forum des démocrates hongrois (MDF), le Parti socialiste hongrois (MSZP) et l’Alliance des démocrates libres (SZDSZ) n’avaient mené qu’une transition partielle. Les comptes n’avaient pas été soldés, il n’y avait pas eu de véritable catharsis et notre pays est devenu, à l’image du Far West, un « Far East » chaotique. Seul le Fidesz inspirait confiance, ce parti étant le plus proche des jeunes qui désiraient un changement réel.
Le leader de gauche, Ferenc Gyurcsány, m’a personnellement profondément choqué avec son discours d’Őszöd en 2006, qui a fuité et dénigrait notre pays. Il était évident que le Fidesz, qui s’était repositionné au centre-droit, pro-UE et national, devait prendre le pouvoir. Ce fut le cas, et il remporta quatre élections consécutives avec une majorité des deux tiers, gouvernant la Hongrie pendant seize ans quasiment à sa guise.
J’ai toujours voté Fidesz, en 2010 et 2014 aussi, convaincu que c’était l’occasion de faire prospérer notre pays et de rattraper l’Ouest avec l’aide de l’UE. Des mesures symboliques ont été prises, mais le décollage promis ne venait pas. Puis, peu à peu, j’ai cessé de croire en Viktor Orbán et en son parti. Lorsqu’il a obtenu la majorité des deux-tiers pour la première fois, il aurait pu choisir de lancer le pays sur la voie du développement, mais il a préféré enrichir sa famille et ses amis.
La recherche constante d’ennemis et la haine, utilisées par le Fidesz pour légitimer son régime, ont marqué notre quotidien.
Personne n’a été tenu responsable, et aucune alternative politique n’est apparue pendant des années. Nous sommes alors tombés dans un piège : je suis devenu apolitique et apathique, comme beaucoup d’autres en Hongrie. Je me suis détourné de la politique, j’ai même boycotté les élections de 2018 et, en 2022, j’ai voté pour Péter Márki-Zay, non par conviction, mais parce qu’il fallait se débarrasser d’Orbán. La défaite fut rude, même les fidèles du Fidesz furent surpris par une nouvelle majorité de deux-tiers. Je pense, que ce fut le moment où ils ont senti qu’ils pouvaient tout se permettre, et depuis, ils ont pillé les fonds publics sans vergogne, allant jusqu’à dévaliser la Banque nationale hongroise et vendre des bâtiments ministériels. J’ai regardé, stupéfait, ce pillage en direct.
La colère montait chez beaucoup, certains ont tenté leur chance à l’étranger, car l’atmosphère ici était devenue toxique. La recherche constante d’ennemis et la haine, utilisées par le Fidesz pour légitimer son régime, ont marqué notre quotidien. Les affiches, les chaînes de télévision et radios monopolisées, diffusant sans cesse leur propagande, dérangent encore certains, mais j’ai appris à les ignorer, voire à en rire. C’est une caractéristique des Hongrois de faire face à la pire adversité avec humour. Ces dernières années, nous avons perfectionné cet art : dès qu’un mensonge énorme sort du gouvernement, des centaines de mèmes apparaissent pour le tourner en dérision. C’est notre défense, aidée par de nombreux humoristes de stand-up.

Cela demande du courage, car dans ce pays soi-disant libre, exprimer une opinion dissidente peut entraîner des représailles, y compris dans le cyberespace, voire un licenciement. La crise économique provoquée par les gouvernements Orbán fait que beaucoup craignent pour leur emploi. Ce mot est crucial : la peur. Il m’a fallu du temps pour comprendre que c’est ce qui retient la majorité, car moi, je suis indépendant et difficile à intimider. Mais j’ai entendu tant d’histoires de personnes qui ont perdu leur emploi à cause d’une opinion, d’une manifestation, parfois d’un simple post Facebook. Pour comprendre cela, il faut vivre ici.
Ce n’est pas un hasard si le premier slogan de Péter Magyar, qui a fait irruption dans la conscience publique le 11 février 2024, était : « N’ayez pas peur ! » Cette peur paralysante est la chaîne du peuple hongrois. Si nous pouvons nous en libérer, nos chaînes tomberont. Péter Magyar a incarné cette lumière au bout d’un long tunnel, certains le qualifient même de messie. Il a le courage, la persévérance, l’intelligence et les connaissances nécessaires pour mener un mouvement. Lui-même ne savait pas que son entrée en scène deviendrait un mouvement, puis un parti, et enfin le principal challenger du Fidesz. Son premier entretien dans l’émission Partizán m’a captivé comme un thriller. Je l’ai même regardé une seconde fois avec ma femme, lui disant qu’elle devait voir ça, que quelque chose se passait. Et c’est vrai, quelque chose s’est passé…
Une jeune femme vient de poster aujourd’hui cela : « Péter, merci pour ton travail jusqu’à présent. Tu donnes espoir et force à beaucoup d’entre nous pour changer les choses et défendre ce en quoi nous croyons. Nous te souhaitons courage, force et santé pour la suite ! Sache que beaucoup te soutiennent et t’encouragent. Nous n’avons pas peur ! » Nous sommes nombreux à ressentir cela. Lors de ma première conversation avec Péter, je lui ai dit au revoir en lui exprimant la même chose.
Revenant au moment où Péter Magyar est sorti de l’ombre. J’ai été comme électrisé. Le lendemain, j’ai annoncé que si ce « gars » avait besoin de moi, je laisserais tout derrière pour le rejoindre. Pas tant pour lui, mais parce que je sentais que c’était là une chance de sauver notre pays ! On peut appeler cela un enthousiasme révolutionnaire, semblable à celui des révolutions de 1848 et 1956.
J’ai décidé d’aider comme je pouvais : manifestations, fondation d’un îlot (Pilvax), persuasion, recrutement, affichage, distribution de journaux (Tiszta Hang), porte-à-porte, garde du corps, organisation d’événements, et finalement candidat sur la liste nationale. Tout cela bénévolement, pendant mon temps libre, comme beaucoup autour de TISZA.
Je considère déjà la victoire comme acquise, mais j’espère la majorité des deux-tiers pour démanteler les mines que le Fidesz a placé.
C’était incroyable de faire quelque chose pour un vrai changement et de voir TISZA grandir, mûrir. Nous le faisons pour notre pays, non pour un gain personnel, mais par volonté d’amélioration. Je pense que cette motivation est dans mon sang. Mon grand-père, le Dr Endre Dudich senior, a servi près de quatre ans sur les fronts Est et Ouest pendant la Première Guerre mondiale. Mon ancêtre Jenő Dudich est mort en héros comme pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, et mon père, le Dr Endre Dudich junior, portait avec enthousiasme des cocktails Molotov sur les toits en 1956. À côté de cela, ce que je fais est bien modeste, sans tranchées ni avions, mais je fais ce que la patrie exige.
Plus de deux ans ont passé, et quand je me sentais fatigué ou que l’objectif semblait lointain, je me concentrais sur Péter, dont l’énergie et la persévérance sont exemplaires. Il a montré que ce régime ne peut être renversé qu’avec un engagement total. All in.
À quelques jours des élections, il reste beaucoup à faire : organiser des meetings pour Péter dans notre circonscription, projeter le film « Tavaszi szél », et bien sûr la soirée électorale du 12 avril dans notre circonscription (Pest 11e). Je considère déjà la victoire comme acquise, mais j’espère la majorité des deux-tiers pour démanteler les mines que le Fidesz a placé. Malgré l’appel d’Orbán Viktor à l’aide des services secrets russes, malgré la désinformation et les ingérences, notre slogan reste inchangé : « Ruszkik haza! » Ou comme Péter le dit : « Pas à pas, brique par brique, nous reprendrons notre pays ! » Nous rattraperons les décennies perdues.
Et d’ici là ? Travail, travail, travail. Après le 12 avril ? Travail, travail, travail. Mais cette fois, avec un goût sucré.