La Pologne pourra-t-elle vraiment interdire le shopping dominical ?

Les députés polonais ont adopté une loi interdisant le commerce le dimanche, dans la nuit de 10 au 11 janvier. Mais sa mise en application risque de tourner au casse-tête en raison du nombre de commerces exemptés.

Photo d’illustration : dans un supermarché de l’enseigne Biedronka à Białystok (Henryk Borawski / Wiki Commons)

La mise en place de la mesure, réclamée par le syndicat Solidarité (Solidarność), se fera progressivement dès le mois de mars 2018. D’ici à son entrée en vigueur définitive, au 1er janvier 2020, tous les commerces auront l’obligation de fermer leurs portes le dimanche. Ils devront en plus fermer à 14h la veille de Noël et de Pâques. Seule entorse à la loi : sept ouvertures sont prévues annuellement autour des grandes fêtes ou vacances.  Les contrevenants risquent jusqu’à 100 000 złotys d’amende (24 000 euros).

Plusieurs médias polonais ont pointé du doigt un très grand nombre d’exceptions rendant la loi presque labyrinthique. En effet, 32 cas d’exception échapperont à la loi, de même que les ventes sur Internet. Peut-être à dessein ? Les pharmacies, les fleuristes, les boutiques touristiques, les boulangeries, les pâtisseries et les stations-service pourront rester ouverts. Il en va de même pour les commerces situés dans les gares et les aéroports. Or, des centres commerciaux entiers ont justement fleuri dans les gares ces dernières années, comme à Wrocław et Cracovie. Que dire des leaders du hard discount tels que Lidl ou Biedronka, qui disposent d’un rayon boulangerie. Échapperont-ils à la loi, évasive sur ce point ?

« Il s’agit de célébrer un jour chômé et ne pas le passer dans un centre commercial ».

Pour Mieczysław Augustyn, sénateur de la Plateforme Citoyenne (PO), la loi comprend trop d’exceptions. « C’est tout simplement impossible à réaliser (…), nous allons devoir nous en retirer comme a dû le faire la Hongrie », a-t-il fait savoir.

Andrzej Stanisławek, sénateur du parti au pouvoir, le PiS, a lui réaffirmé lors des débats « qu’il s’agit de célébrer un jour chômé et ne pas le passer dans un centre commercial. C’est la base de cette loi ».

Enfin, le consortium pétrolier polonais Orlen peut déjà se frotter les mains. L’entreprise, dont près d’un tiers du capital est détenu par l’État polonais, avait justement annoncé début janvier un changement de statut. L’objectif ? Lui permettre un plus large approvisionnement de produits non pétroliers dans ses stations-service. La firme a toutefois démenti dans les colonnes de www.money.pl l’existence d’un quelconque lien de cause à effet.

Tout ceci n’est pas sans rappeler la tentative du Fidesz, au printemps 2015, de fermer les commerces le jour du Seigneur en Hongrie. Mais il avait dû rapidement revenir en arrière et annuler cette mesure très impopulaire.

En Hongrie, pas de commerce le jour de la messe !

Hélène Bienvenu
Hélène Bienvenu