En Slovaquie, les électeurs ont rejeté l’extrême-droite

Nouveau recul du parti social-démocrate (SMER-SD) du Premier ministre Robert Fico, défaite du parti d’extrême droite Notre Slovaquie (ĽSNS) et succès de l’opposition de droite : tel est le bilan des élections régionales qui se sont tenues en Slovaquie samedi.

Pour la première fois depuis la partition de la Tchécoslovaquie et l’apparition du nouvel Etat slovaque sur la carte de l’Europe en 1993, ces élections régionales ont été organisées en un seul tour. L’adoption de ce nouveau système était une volonté de SMER-SD, principale formation de la coalition gouvernementale. Il devait permettre d’éviter que le second tour se transforme en un référendum : tous contre SMER-SD.

Un seul tour, donc, mais un référendum quand même : le scrutin, marqué par un taux de participation record bien que traditionnellement très faible (près de 30%, contre 20% lors des précédentes en 2013), a abouti à un revers et à une fin de l’hégémonie de la social-démocratie. En effet, celle-ci a perdu quatre de ses six postes de « joupan » (župan), l’équivalent de gouverneur ou de président de région. Seuls deux de ses candidats se sont imposés dans une des huit régions que compte la Slovaquie, respectivement à Trenčín et à Nitra, dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays.

Pour SMER-SD et son leader Robert Fico, l’homme fort de la politique slovaque de ces dix dernières années, ces résultats décevants confirment le camouflet déjà essuyé lors des élections législatives en mars 2016. En axant l’essentiel de sa campagne sur le rejet des migrants et en durcissant – « droitisant » selon ses propres dires – son discours sur l’islam, le chef du gouvernement slovaque était, certes, arrivé largement en tête pour la quatrième fois d’affilée, conservant ainsi ses fonctions, mais sa formation avait enregistré une très forte baisse, passant d’un quasi plébiscite à 44,5 % des suffrages en 2012 à 28,3 % quatre ans plus tard. Au total, SMER-SD avait perdu 34 de ses 83 sièges de députés, et donc la majorité absolue dans un Parlement qui en compte 150. Cette nouvelle répartition des forces avait alors contraint Robert Fico à former une coalition très hétéroclite et contre-nature notamment avec le Parti national slovaque (SNS), parti nationaliste, ou encore avec le Most–Híd partisan, lui, d’un rapprochement entre la population slovaque et l’importante minorité magyare du pays.

Souvent critiqué pour leur manque de zèle dans la lutte contre les pratiques de corruption endémiques au sein de l’élite (selon Transparency International, la Slovaquie, seul Etat du Groupe de Visegrád membre de la zone euro, est le septième pays le plus corrompu de l’Union européenne), Robert Fico et SMER-SD font les frais de leur politique populiste, sanctionnés par un électorat par ailleurs très sensible à certaines questions sociales clés, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, dans des états désastreux.

Disparition de l’extrême droite et apparition de la droite

Autre fait marquant de ces élections régionales : la débâcle enregistrée par le ĽSNS. Seuls deux de ses 336 candidats ont été élus et siégeront dans un des huit assemblées régionales lors des cinq prochaines années. Vainqueur surprise au second tour en 2013 dans la région de Banská Bystrica, dans le sud du pays – victoire très médiatisée en raison des uniformes sombres de ses militants – son leader Marian Kotleba, abandonne cette fois son fauteuil de joupan. Personnage ouvertement anti-Tsiganes qui voue un culte à l’Etat slovaque clérical fasciste de 1939-1945, Marian Kotleba a dû se contenter d’un score de 23,2% très insuffisant pour espérer concurrencer son principal adversaire, l’homme d’affaires Ján Lunter, candidat d’une grande coalition de centre-droit. Ce dernier a bénéficié du soutien d’un peu plus de 48% des électeurs dans une région de Banská Bystrica où la participation a dépassé les 40%, soit le taux le plus élevé de toute la Slovaquie.

Le ĽSNS, victime du vide abyssal de son programme, n’a donc pas davantage confirmé son succès des législatives de 2016, où il avait fait une entrée historique et remarquée au Parlement avec 8% des suffrages pour quatorze sièges de députés. « La première chose que je ferai lors de ma prise de fonctions sera d’ouvrir grand la porte et les fenêtres de mon bureau pour aérer. Je hisserai ensuite le drapeau de l’Union européenne », a déclaré Ján Lunter à l’annonce des résultats. Le président de la République, Andrej Kiska, s’est lui aussi félicité de s’être débarrassé du mal et de « la déroute infligée dans toutes les régions aux extrémistes avec nos armes les plus fortes – le vote libre dans des élections démocratiques ».

Unifiée pour l’occasion, l’opposition de droite, qui présentait des listes communes de candidats, a profité du contexte pour prendre le pouvoir dans cinq régions, parmi lesquelles notamment celle de la capitale Bratislava. Dans la région de Žilina, c’est même une femme, la première de l’histoire, Erika Jurinová, représentante du parti conservateur Gens ordinaires et personnalités indépendantes, qui est arrivée en tête en recueillant 43% des suffrages… Oui, décidément, ces élections régionales ont fait souffler un vent rafraîchissant sur la scène politique slovaque.

En Slovaquie, une unité spéciale pour lutter contre l’extrémisme

Photo d’illustration issue d’une manifestation contre le fascisme au mois de mars 2017 à Bratislava (Page facebook de Bratislava bez náckov).

Guillaume Narguet