Omega, la perle du rock progressif hongrois, toujours là

Scorpions les ont vénérés, leur tube Gyöngyhajú lány a été écouté dans le monde entier, Kanye West les a pompés. Après plus d’un demi-siècle, le groupe mythique hongrois Omega a un genou à terre, avec les décès successifs de deux de ses membres historiques. Mais son manager l’assure, ils repartiront en tournée l’an prochain ! En attendant, un nouvel album vient de voir le jour.

Série noire pour le mythique Omega. László « Laci » Benkő, et Tamás Mihály se sont éteints à trois jours d’intervalle à la fin du mois de novembre. Omega se préparait à sortir un nouvel album et à enchaîner une tournée. Mais l’état de santé de László Benkő n’a fait que se détériorer ces dernières semaines, laissant même plusieurs fois la rumeur de sa mort se propager. Cette fois, ce n’est plus une rumeur, « Laci » s’est éteint, suivi de Tamás Mihály trois jours plus tard, dont le décès était plus inattendu. La fin d’une carrière de près de soixante ans d’un groupe hors-normes ? La fin d’une époque ?

Formé en 1962 (la même année que les Rolling Stones !), le groupe aura été une figure marquante de l’Eurock, le rock progressif d’Europe centrale, dans les années soixante-dix. Originaire de Budapest, le groupe est formé par le chanteur János Kobor et par le claviériste László Benkő, qui resteront les deux seuls membres fixes de la formation au travers des six décennies de leur activité scénique et discographique. Tamás Mihály rejoint quant à lui le groupe en 1967 à la basse et ne quittera la formation qu’en 2015, il compose une majeure partie des morceaux du groupe à partir de 1970.

Gyöngyhajú lány, un hit international

Les premiers albums d’Omega, fortement influencés par le ‘Beat’ anglais (en particulier par les Beatles) donneront naissance à deux premiers albums restés mythiques, et notamment à leur morceau Gyöngyhajú lány (« fille aux cheveux de perle ») qui deviendra un hit international, repris par le groupe Scorpions (avec lequel Omega partagea de nombreuses fois la scène dès les années 70 et qu’il inspira considérablement). Ces premiers enregistrements annoncent aussi leur penchant vers le rock progressif, qui caractérisera le style du groupe dans les années soixante-dix, et dont Omega sera l’un des pionniers.

Après de nombreux changements de membres, la formation se stabilise au début des années soixante-dix et opte pour une double carrière. En effet, la plupart des albums du groupe connaît une double publication, l’une en hongrois, l’autre en anglais.

Omega s’oriente alors résolument vers le rock progressif et le « Space Rock », enchaîne les albums et son succès dépasse vite les frontières de la Hongrie, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, où le groupe enchaîne les tournées, fait extrêmement rare pour un groupe issu d’un pays communiste.

Gammapolis, enregistré en 1979, a été vendu à 650 000 exemplaires, un record encore inégalé.

Omega enchaîne les records, il constitue à ce jour le groupe hongrois ayant vendu le plus d’albums en Hongrie (Gammapolis, enregistré en 1979, a été vendu à 650 000 exemplaires, un record encore inégalé), et à l’étranger (un million d’albums vendus pour le mythique Time Robber, paru en 1977). Il est aussi le premier groupe hongrois à avoir sorti un album sur CD en 1988, ainsi que le premier groupe à sortir un concert en DVD en 2000.

Malgré plusieurs pauses scéniques et discographiques entre 1987 et 2004, Omega renaît toujours de ses cendres, poursuit les tournées en Hongrie comme à l’étranger, en particulier en Allemagne et en Europe centrale, où le groupe jouit d’un statut de groupe culte.

Au Eötvös klub en 1966. Photo : Pál Schiffer / Fortepan
En concert en 1976. Photo : Zoltán Szalay / Fortepan
Le claviériste László Benkő, en concert à Miskolc en 1983. Photo : Urbán Tamás / Fortepan
L’affaire Kayne West

Omega était revenu dans l’actualité en 2013, lorsque le rappeur américain Kayne West, pensant sûrement avoir trouvé une « perle » inconnue, avait samplé sans aucune autorisation 85 secondes de leur tube Gyöngyhajú lány dans son titre New Slaves, avant d’être poursuivi par le compositeur du morceau Gábor Presser, compositeur des premières heures du groupe. Poursuivi en justice, Kayne West aura dû verser 2,5 millions de dollars de dommages et intérêts, et aura par là-même donné une seconde vie à un des titres phare du groupe. Le même titre refera parler de lui quelques années plus tard pour avoir été une fois de plus utilisé sans autorisation dans le générique de la série à succès « The Bay ».

Les mélomanes de toutes générations sont en deuil. Mais le manager du groupe assure qu’Omega reprendra la route en 2021. Il l’a annoncé alors que ni Benkő, ni Mihály n’étaient encore enterrés. Le dernier album du groupe, Testamentum, déjà enregistré depuis longtemps, est d’ailleurs sorti dix jours à peine après le départ de ses deux musiciens phare, le 26 novembre.

Jehan Paumero