Krisztina Baranyi, la candidate qui fait trembler le Fidesz dans le 9e arrondissement de Budapest

Pas facile de faire campagne contre le Fidesz, un parti qui a plus d’un tour dans son sac pour piper les dés d’une élection. Krisztina Baranyi est bien placée pour le savoir, elle qui essaiera de déloger le parti de Viktor Orbán aux municipales dimanche dans le 9e arrondissement de Budapest. Nous l’avons rencontré au cœur d’une campagne électorale agitée.

Aucun problème pour reconnaître Krisztina Baranyi lorsqu’elle pénètre dans le café à l’heure du rendez-vous. Six jours avant des élections municipales déterminantes pour l’avenir démocratique du pays, son nom et son visage sont partout dans Ferencváros, le 9e arrondissement, dans le sud de la capitale. De l’autre côté de la rue, un grand drap tagué à son nom a été accroché par un habitant. Après la bérézina de 2014, les forces d’opposition rassemblées contre le parti de Viktor Orbán ont repris quelques couleurs et mènent une campagne assez intense. Dans la rue Tompa qui mène à la place Ferenc, sur trois cents mètres, c’est une véritable forêt d’affiches, du Fidesz comme de l’opposition.

Le pays a connu seulement deux élections primaires dans son histoire. La première, c’est Gergely Karácsony qui l’a remporté pour s’imposer le candidat de la gauche contre le Fidesz à la mairie de Budapest. La seconde, c’est elle, Krisztina Baranyi qui l’a brillamment remporté au mois d’août, recueillant 72 % de plusieurs milliers de voix. « Ce sont les habitants qui m’ont désigné, pour le travail que j’ai effectué pendant cinq ans contre le Fidesz à la municipalité, pas les partis politiques », dit-elle. Effectivement, seuls deux petits partis l’avaient soutenu : le fameux parti satirique du Chien à deux queues (MKKP) et l’ancien parti vert LMP, alors que les deux plus gros partis de l’opposition de gauche, les socialistes du MSZP et les socio-libéraux de DK, ainsi que le petit parti écolo Dialogue avaient misé sur sa concurrente, Andrea Jancsó.

« On trouve des faux-candidats dans tous les endroits clés, là où le Fidesz n’a pas partie gagnée d’avance ».

Est-il difficile de faire campagne contre le rouleau compresseur du Fidesz ? « J’ai l’impression, à l’œil, que le Fidesz n’a pas tant d’argent que ça pour sa campagne dans le 9e, ce qui fait que l’écart est moins grand dans ce quartier qu’ailleurs dans la ville », répond-t-elle. Mais ses concurrents ont d’autres outils dans leur besace : la municipalité a débloqué six mille forints juste avant les élections pour tous les habitants de plus de soixante-cinq ans, sans compter des distributions de fruits et légumes gratuits ou à prix cassé, et les spectacles pour séduire l’électorat, surtout âgé. « C’est une tactique ancienne du Fidesz. C’est le genre de choses qui a un fort impact dans les campagnes, mais moins en ville. Je ne pense pas que cela fera la différence ici », espère-t-elle.  Le Fidesz peut aussi compter sur la chaîne de télé du quartier, la Rádió Orient et l’hebdomadaire gratuit diffusé par la municipalité, soit la totalité des médias.

Pas un lampadaire sans affiches de campagne dans la rue Tompa du 9e arrondissement de Budapest. @Corentin Léotard

La campagne est plus violente et plus sale que n’importe quelle autre auparavant ces trente dernières années. « J’en suis à la troisième campagne de dénigrement contre moi. Ça a commencé au mois d’août, avant la primaire ». Des prospectus ont été distribués dans tout le quartier pour informer ses habitants sur « le vrai visage de Krisztina Baranyi ». Autre atout dans le jeu complet du parti au pouvoir, ces candidatures bidon qu’il a la capacité de lancer, dans le but très simple de disperser les voix de l’opposition. « On trouve de ces faux-candidats dans tous les endroits clés, là où le Fidesz n’a pas partie gagnée d’avance », témoignent-elle. Dans le 9e, ces fantoches s’appellent « Les patriotes locaux ». « Ils sont sponsorisés par le Fidesz, on a les preuves… ».

Lanceuse d’alerte

Krisztina Baranyi ne s’est pas fait que des amis en cinq ans à la mairie, à batailler contre les pratiques douteuses de la municipalité et de son maire sortant, János Bácskai. « Les gens qui le connaissent depuis longtemps ont une haute opinion de lui. Mais il a changé… » C’est un commentaire qui revient souvent lorsqu’il s’agit de membres du Fidesz, des gens qualifiés de plutôt ouverts et sympathiques, qui se sont endurcis avec le pouvoir. Aujourd’hui, János Bácskai gouverne au service des intérêts du parti et non des citoyens de l’arrondissement, dénonce son adversaire.

La grosse affaire dans l’arrondissement ; c’est le « parkolási mutyi », le trouble business du parking. La collecte des frais de stationnement sont collectés par des sociétés privées opaques, qui détourneraient de grosses sommes vers les caisses du Fidesz, qui arroserait également le Parti socialiste, de mèche. « Et cela dure ainsi depuis 1990… », déplore Baranyi. Partie du 9e arrondissement, l’affaire a pris une dimension nationale, rattrapant aussi les Socialistes de l’arrondissement de Zugló, les encombrants alliés de Gergely Karácsony, candidat de la gauche à la mairie de Budapest contre István Tarlós, le maire sortant indépendant mais fortement soutenu par Viktor Orbán. Un film documentaire publié par le pure-player 444.hu se penchant sur ce juteux trafic a été visionné des dizaines de milliers de fois en ligne.

« La Hongrie n’est quand même pas la Russie ou la Turquie ».

N’est-ce pas dangereux de mettre son nez dans ces affaires qui sentent le souffre ? « Si, sans doute, mais je ne pense pas à ça ». Elle a déjà reçu des menaces, craint d’être sur écoute depuis plusieurs années, mais elle pense tout de même que la Hongrie « n’est quand même pas la Russie ou la Turquie ». Ce sont justement deux des pays pointés en exemple par Viktor Orbán en juillet 2014 lorsqu’il avait décrété « l’illibéralisme ». Et, hasard du calendrier, leur dirigeant respectif, Messieurs Poutine et Erdogan, seront en visite à Budapest prochainement, les 30 octobre et 7 novembre.

« Les mains propres, des rues propres ». Le slogan de campagne de l’opposition à Ferencváros est volontairement simple et destiné à mieux faire passer son message anti-corruption car « malheureusement après trente ans, les gens se sont habitués à la corruption et ils ont tendance à s’en moquer un peu… », dit la candidate. Confiante dans sa victoire dans sa circonscription, elle semble beaucoup plus hésitante quant au résultat global pour Budapest. « Gergely Karácsony a commis beaucoup d’erreurs… »

Réponse dimanche soir.

Municipales en Hongrie : la campagne s’embourbe dans les scandales

Corentin Léotard