Crise à la frontière entre le Bélarus et la Pologne (Fil d’actu) – Un appel lancé à la Croix-Rouge polonaise

De plus en plus de réfugiés en provenance du Moyen-Orient et d’Asie centrale tentent d’entrer dans l’Union européenne par la frontière entre le Bélarus et la Pologne. Intransigeante, Varsovie dresse une clôture de barbelés et accuse le régime d’Alexandre Loukachenko d’instrumentaliser la situation.

Les gardes-frontières polonais ont rapporté plus de « 3000 tentatives d’entrée irrégulière sur le territoire polonais » par la frontière biélorusse, hors points de passage frontalier autorités, depuis le début du mois d’août, soit plus de dix fois plus que les années précédentes sur la même période.

Le gouvernement a déployé près de 2000 soldats (1800 au 26 août) pour prêter main-forte aux gardes-frontière de la région de Podlachie, entrepris la pose d’une clôture de barbelés de 2,5 mètres de hauteur et rédigé une circulaire donnant un vernis de légalité aux pratiques de retours sommaires (ou « pushbacks ») dont les gardes-frontières se rendraient coupables, aux dires de nombreuses associations actives sur le terrain.

Les tensions se cristallisent autour d’un petit groupe de 32 réfugiés afghans, présent depuis trois semaines à Usnarz Górny sur la frontière. La santé de plusieurs d’entre eux inspire des inquiétudes. La semaine dernière, la Cour européenne des droits de l’homme a ordonné à la Pologne de leur fournir une assistance sanitaire immédiat, mais le gouvernement polonais s’y refuse, expliquant que le groupe se trouve du côté biélorusse de la démarcation frontalière. Les gardes-frontières et les militaires présents sur zone empêchent des militants humanitaires, des députés de l’opposition et des médecins d’entrer en contact avec les réfugiés et ne permettent pas non plus le transfert d’eau ou de médicaments, selon Gazeta Wyborcza.

6 septembre, 17h – La Diète se penche sur l’état d’urgence

Les députés doivent approuver ou rejeter l’arrêté présidentiel qui a instauré un état d’urgence dans les zones frontalières orientales de la Pologne.

« Le camp est une couverture pour les services biélorusses. […] Nous savons qu’ils aident les immigrés, leur fournissent de la nourriture et les aident à se rendre illégalement en Pologne. Nous appelons les autorités biélorusses à cesser ces activités », a déclaré le Premier ministre Mateusz Morawiecki lors d’une conférence de presse.

Selon le ministre de l’Intérieur et de l’Administration, Mariusz Kamiński, laisser entrer en Pologne la trentaine d’exilés coincés à la frontière reviendrait à en laisser entrer 300, puis 3 000 et 30 000. Les réfugiés « peuvent se présenter au consulat polonais à Grodno, à l’ambassade à Minsk et y déposer leurs demandes, qui seront examinées. Personne ne les oblige à camper, ils peuvent facilement partir. »

L’état d’urgence n’a d’autre but que d’empêcher tout témoin de ce qu’il se passe à la frontière de la Pologne, a déclaré pour sa part, vendredi, l’ancien ministre de l’Intérieur, Bartłomiej Sienkiewicz, de la Plateforme civique. Source : Gazeta Wyborcza.

Lundi 6 septembre 16h – Un appel à l’intervention de la Croix-Rouge

Danuta Kuroń, célèbre militante polonaise pour les droits de l’Homme, a lancé un nouvel appel à la Croix-Rouge polonaise pour que celle-ci se porte au secours de la trentaine d’Afghans toujours bloquée dans un no man’s land sur la frontière entre la Pologne et le Bélarus à Usnarz Górny. « Nous appelons une fois de plus la Direction générale de la Croix-Rouge polonaise et son président à envoyer une mission humanitaire à Usnarz et à la frontière polono-biélorusse. […] Depuis que les autorités ont instauré l’état d’urgence dans les zones proches de la frontière polono-biélorusse, la Croix-Rouge est la seule organisation qui peut entrer dans cette zone », argumente Danuta Kuroń. (Source : Gazeta Wyborcza)

Samedi 4 septembre, 8h – « Usnarz Górny restera un triste symbole de combien la Pologne ne respecte pas les droits de l’Homme »

Le couvre-feu est entré en vigueur à la frontière de la Pologne avec le Bélarus, obligeant la poignée de militants de la Fondation Ocalenie à abandonner le groupe de 32 Afghans pris en étau entre les deux pays, à Usnarz Górny. C’est avec un mégaphone, dans la nuit à 22h30, 1h30 avant l’entrée en vigueur du couvre-feu, qu’ils ont fait leur adieu aux réfugiés. « Dites que nous leur présentons nos excuses, que nous sommes tristes. Et nous ferons de notre mieux pour les aider », a dicté la militante Kalina Czwarnóg à l’interprète.

« Je suis heureuse d’avoir réussi à les aider un peu. Grâce au député Maciek Konieczny, les Afghans ont obtenu des tentes, sinon ils auraient dormi en plein air pendant deux semaines, sous la pluie et dans le vent, par ces nuits froides. Au moins, nous avons pu les soulager un peu. Mais Usnarz Górny restera un triste symbole de combien la Pologne ne respecte pas les droits de l’Homme », a déclaré Kalina Czwarnóg à OKO.Press.

2 septembre, 18h30 – L’état d’urgence instauré

Le Président de la République Andrzej Duda, sur proposition du Premier ministre Mateusz Morawiecki, a instauré l’état d’urgence le long de la frontière avec le Bélarus. « Nous parlons d’un groupe de réfugiés affaiblis et d’une poignée de militants qui veulent les aider. Où voyez-vous une menace à l’ordre public ? », a réagi l’association SIP.

2 septembre, 11h30 – Le HCR et la Croix-Rouge biélorusse ont apporté de l’aide aux 32 Afghans

Le HCR et la Croix-Rouge biélorusse ont rendu visite mercredi 1er septembre au groupe d’une trentaine d’Afghans coincés dans un no man’s land à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, selon un communiqué de presse de cette agence onusienne pour les réfugiés.

« Le HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, en collaboration avec l’organisation partenaire de la Croix-Rouge biélorusse, avec le soutien du Comité d’État des frontières du Bélarus, a visité pour la deuxième fois la semaine dernière la section de la frontière biélorusse-polonaise dans la région de Grodno, où se trouve depuis plus de trois semaines un groupe des 32 réfugiés afghans, dont des hommes, des femmes et des enfants », indique le communiqué.

Les gardes-frontières biélorusses ont publié le communiqué tout en soulignant que « la partie polonaise est obligée de prendre toutes les mesures pour résoudre la situation, d’admettre les organisations internationales de défense des droits de l’homme et humanitaires auprès des réfugiés et de traiter les demandes de protection [des migrants] ».

La Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie accusent la Biélorussie d’avoir organisé le transfert d’immigrants sur leur territoire dans le cadre d’une « guerre hybride » que leur livrerait Minsk. Source : Dziennik Gazeta Prawna

1er septembre – Des militants enchaînés à Wrocław

A Wrocław, en Basse-Silésie, des militants manifestent depuis le mardi 31 août à midi devant le bureau provincial de la voïvodie de Basse-Silésie. Ils ont monté des tentes et se sont enchaînés à une balustrade pour faire entendre une unique revendication : qu’une assistance médicale soit apportée aux réfugiés afghans qui séjournent à la frontière polono-biélorusse depuis plus de trois semaines.

31 août – Vers un état d’urgence à la frontière orientale de la Pologne

Le gouvernement polonais a demandé au président de proclamer un état d’urgence dans les régions frontalières avec la Biélorussie. Il couvrirait 115 localités de la voïvodie de Podlachie et 68 de la voïvodie de Lublin et serait en vigueur pendant 30 jours.

Des militants d’associations polonaises qui tentent de venir en aide aux réfugiés dénoncent une mesure destinée à les priver d’accès à l’espace frontalier et aux réfugiés. Ils y voient aussi une manœuvre destinée à dissimuler aux médias les pratiques de « pushback » consistant à expulser manu militari les migrants sans leur permettre de faire valoir leur droit à l’asile.

30 août – état des lieux des tensions migratoires à la frontière entre le Bélarus et la Pologne

Quels sont les chiffres ? Quelles sont les mesures prises par le gouvernement polonais ? Quels sont les termes du débat en Pologne ? Lisez l’article questions/réponses d’un de nos correspondants à Varsovie.