Et si le coronavirus emportait Viktor Orbán ?

Politiquement, s’entend. La question mérite d’être posée alors que le système de soins s’apprête à vivre un stress test grandeur nature avec l’épidémie attendue de coronavirus, car le talon d’Achille de la gouvernance du Fidesz est justement son absence de politique en matière de santé publique.

Éditorial – Viktor Orbán a sans doute compris le péril politique que représente pour lui l’épidémie de coronavirus que le pays – pour l’instant relativement épargné – s’attend à essuyer dans les semaines qui viennent. Cela explique sans doute pourquoi, depuis la semaine dernière, il est monté au front dans les médias et se met en scène personnellement, lui et sa cellule de crise dédiée à la lutte contre l’épidémie.

Il y a en effet péril en la demeure Fidesz ; Parce que les conséquences sanitaires d’une vague épidémique pourraient être désastreuses chez une population parmi les plus âgées et les moins en bonne santé du continent européen (selon les enquêtes comparatives de santé) ; Et parce que le Fidesz a lourdement négligé la santé publique depuis dix ans qu’il est au pouvoir. Quiconque a mis les pieds dans un hôpital public en Hongrie ces dernières années n’a pu que constater le niveau de sous-financement du système, à quelques établissements-vitrines près. S’il ne date pas de l’ère Orbán, c’est peut-être lui qui devra toutefois payer l’addition.

Ce système de soins indigne constitue précisément la principale source d’inquiétude des Hongrois.

Grave négligence, car ce système de soins indigne constitue précisément la principale source d’inquiétude des Hongrois (rappelons à nouveau que la pyramide des âges en Hongrie est inversée), très loin devant le sujet sur lequel Viktor Orbán est intarissable, l’immigration, pour ne pas la nommer.

Cette lacune, l’opposition en a fait son cheval de bataille et mobilise à tour de bras sur une équation aussi simpliste qu’efficace : moins d’argent pour les stades de foot (qui ont poussé comme des champignons ces dernières années), et plus pour les hôpitaux. Si en prime le championnat d’Europe de football venait à être annulé et que les tribunes du flamboyant stade Puskas inauguré cet hiver devaient rester vides en juin prochain, Viktor Orbán aurait alors perdu gros…

Corentin Léotard