Václav Kadrnka : « J’apprends à ne pas me mettre en travers de mes films »

Réalisateur de Quatre-vingt lettres et du récent Křižáček, le cinéaste tchèque Václav Kadrnka est connu pour s’impliquer fortement dans l’élaboration et la promotion de ses films, notamment dans les festivals. Court entretien.

Cet article vous est offert par l’association Kino Visegrad, site d’information et de diffusion du cinéma centre-européen dans l’espace francophone.

Václav Kadrnka est né en 1973 à Zlín (autrefois Gottwaldov) en Moravie. Il a émigré avec sa famille au Royaume-Uni en 1988, pour y étudier le théâtre avant de revenir en République tchèque pour apprendre le métier de réalisateur de cinéma à la FAMU. Il a tourné plusieurs films d’étudiants qui ont fait le tour des festivals, puis a réalisé indépendamment son premier long-métrage, Quatre-vingt lettres (Osmdesát dopisů), qui a été projeté à la Berlinale en 2011 dans la section du meilleur premier film. Son deuxième long-métrage, le road movie médiéval Křižáček / Le Petit Croisé, a été couronnée par un Globe de cristal au Festival de Karlovy Vary en 2017.

Vos films sont au premier abord plutôt introverti, avec une atmosphère très intime. Votre style contemplatif est loin de l’acharnement des grands blockbusters populaires de mettre grandes stars à l’écran. Comment vous expliquez-vous que ce style différent et non aguichant a autant de succès et soit plébiscité par de nombreux festivals à travers le monde ?

J’essaie de faire confiance au film. À mon avis, les films ne devraient pas seulement mimer la réalité et suivre les usages de l’industrie du cinéma. Je ne suis pas l’adepte de critère du « film tiré de faits réels ». La plupart des réalisateurs d’aujourd’hui tentent de « raconter une histoire ». Ce sont des narrateurs. Mais on oublie que le film est surtout un art de « voir ». L’art de percevoir la réalité pour en créer une nouvelle et inconnue.

Avec des histoires, on arrive rapidement à court d’inspiration. C’est comme toute thèse qui appelle immédiatement à l’antithèse. C’est un cercle vicieux. Le sens du cinéma, il est pour moi dans la découverte de la réalité exposée dans d’autres contextes, et qui ne sont pas contaminés par des conventions ou des schémas prérequis. Le simple phénomène de « vision » est décisif pour mes films. En même temps, c’est un phénomène auquel nous nous identifions tous, en subjectivant chaque moment de notre vie.

Vos deux premiers longs métrages – Quatre-vingt lettres et Křižáček – ont été écrits, réalisés et produits par vous-même. Vous supervisez également leur distribution, vous les accompagnez dans les festivals. Est-ce que cela signifie que vous ne voulez pas les confier à quelqu’un d’autre ? Est-il difficile aujourd’hui, pour un auteur réaliser de réaliser un projet en République tchèque ? Est-il nécessaire de porter seul son projet du début jusqu’à la fin ?

Mes films ont été créés ainsi et spontanément. Je n’ai pas de règles strictes et je ne me refuse rien. Au contraire, j’essaie de tout accepter d’une manière à ce que rien ne se mette à travers le chemin du film. De plus, je dois ajouter que je ne suis pas du tout tout seul. J’ai des collègues proches sans lesquels, mes films ne pourraient pas voir le jour. La production est faite par moi, ma femme Simona et mon père. Tous mes scénarios sont rédigés en collaboration avec Jiří Soukup, scénariste, dramaturge et poète. La musique est composée avec Irena et Vojtech Havlovi et j’ai bien d’autres collaborateurs avec lesquels je garde des liens étroits.

Je ne fais pas la différence entre création difficile et facile. Le film exige ce qu’il lui faut, et j’apprends simplement à l’écouter et à ne pas me mettre en travers.

Le scénario de Křižáček est inspiré d’un poème tchèque du XIXe siècle, écrit par Jaroslav Vrchlický, et qui reflète son drame personnel. Quelles sont vos autres sources d’inspiration dans votre travail ?

Pour ce film, je me suis inspiré de l’Art médiéval italien, des fresques byzantines, de Giotto di Bondone, d’Antonello da Messina, d’Ermanno Olmi et aussi de la littérature catholique française. Parmi les cinéastes, je nommerai entre autres Jean Epstein, Eugene Green, Hou Hsiao-hsien, João Viana. Les autres artistes qui m’inspirent sont Jean Guitton, Raissa et Jacques Maritain, Paul Claudel et Georges Bernanos, Georges Rouault et Odilon Redon.

Le film Křižáček sera projeté à la reprise de Czech-In film festival à Dijon, le 19 octobre prochain, en présence de réalisateur, et son précèdent film 80 lettre sera disponible à partir de mois de novembre sur dans Kino Visegrad Corner sur Universciné.
Markéta Hodouskova