L’OMS « particulièrement inquiète » pour les Balkans et l’Europe centrale, mais elle est bien la seule…

Ces jours-ci dans la presse francophone, vous lirez à propos de pays d’Europe centrale et des Balkans qu’ils s’en remettent au vaccin russe Sputnik V contre l’avis de l’Union européenne. Mais vous aurez du mal à trouver ne serait-ce qu’une mention de la situation sanitaire catastrophique à laquelle ils sont confrontés depuis plusieurs semaines.

Le lecteur, la lectrice de L’Orient le jour, des Nouvelles calédoniennes, du Quotidien et de Mediapart sont peut-être tombés sur cette dépêche de l’Agence France-Presse en date du 18 mars : « Covid-19 : L’OMS « particulièrement inquiète » pour les Balkans et l’Europe centrale ». Sa chargée des situations d’urgence à l’OMS Europe, Catherine Smallwood, y souligne que le nombre de morts et d’hospitalisations y est actuellement « parmi les plus élevés dans le monde ».

On peut dire en effet que la situation épidémique et sanitaire dans cette région est « inquiétante », sinon tout à fait catastrophique. La plupart des pays de l’Europe centrale et des Balkans – Bosnie, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, etc. – sont plus endeuillés par le Covid-19 depuis le début de l’épidémie, au prorata de leur population, que les grands pays de l’Ouest de l’Europe, dont la France.

Ils doivent lutter contre l’épidémie avec des moyens considérablement inférieurs à ceux de l’Europe de l’Ouest. Ils disposent souvent de grands hôpitaux hérités du socialisme avec un nombre de lits démesurés (hors situation épidémique), mais qui tombent en lambeaux ; parfois ils sont dotés d’appareils de respiration artificielle en surnombre, obtenus via d’obscurs contrats avec la Chine ; Mais leurs hôpitaux, et a fortiori leurs unités de soins intensifs, sont en grave pénurie de personnels soignants, car ceux-ci ont déserté ces professions sous-payées (souvent pour s’employer à l’Ouest).

Une fois de plus, les médias francophones ignorent ce qu’il se passe dans ces contrées fort, fort éloignées, en tout cas dans leur esprit.

Le lecteur, la lectrice de la presse francophone n’aura aucun mal à trouver sur internet des « tours d’Europe » de la situation épidémique, mais d’une Europe qui va de Londres à Madrid en passant par Berlin et Rome. Et encore moins de mal à trouver des articles de médias qui se pressent au chevet de l’Allemagne « face à une augmentation « exponentielle » des cas » ; où « Plus de 7.700 nouveaux cas » ont été dénombrés ; et partageant les inquiétudes d’Angela Merkel face à une situation jugée « très, très grave ».

Pourtant, ces dernières semaines, confrontées à une troisième « vague » causée par le variant « anglais », il y a plus de nouveaux malades diagnostiqués et plus de morts du Covid-19 chaque jour dans un pays comme la Hongrie ou la Tchéquie qu’en Allemagne, pourtant 8 fois plus peuplée ! Soit des taux de mortalité 10 fois supérieurs !

Une fois de plus, les médias francophones ignorent ce qu’il se passe dans ces contrées fort, fort éloignées, en tout cas dans leur esprit. Avec une carte affichée en salle de rédaction, ils pourraient pourtant se rendre compte que Prague se trouve à peine plus loin de Paris que Perpignan, que Bratislava et Madrid en sont à équidistance, et qu’on arrive bien plus vite à Budapest depuis Paris qu’à Lisbonne.

Corentin Léotard