La centrale de Bełchatów en Pologne, cette calamité pour le climat

Elle consume une tonne de charbon par seconde et rejette chaque année autant de CO2 que 6,5 millions de voitures. La centrale thermique de Bełchatów est le plus grand empoisonneur d’Europe. Ce qui n’empêche son propriétaire, PGE, d’avoir été choisi pour être partenaire gouvernemental de la COP24 qui se déroule en ce moment à Katowice en Pologne.

Article publié le 30 novembre 2018 sur le site de notre média partenaire en Pologne, OKO.Press. La traduction du polonais au français a été réalisée par Anne Kasprzack.

Tard dans la soirée du mercredi 28 novembre, les activistes de Greenpeace qui depuis le mardi matin manifestaient sur la tour de refroidissement de la centrale de Bełchatów ont décidé de mettre fin à leur action. « La concentration de substances toxiques à l’endroit où ils s’étaient installés dépassait le niveau de sécurité pour leur santé », a informé Katarzyna Guzek, porte-parole de Greenpeace Polska.

Dans le même temps, l’organisation a appelé PGE (Polska Grupa Energetyczna, principal producteur d’électricité polonais et propriétaire de la centrale de Bełchatów) à se retirer de la mise en œuvre de nouveaux projets liés à l’extraction et à la combustion de combustibles fossiles.

Greenpeace réclame également l’arrêt des émissions de CO2 par les centrales appartenant à PGE d’ici l’année 2030. Dans le cas contraire, l’affaire sera menée au tribunal. L’organisation se réfère ici au Droit de l’environnement. La loi prévoit en effet cette possibilité pour les organisations écologistes, dans le cas d’une menace de préjudice direct à l’environnement.

Le lieu de la manifestation de Greenpeace n’a pas été choisi au hasard. La centrale de Bełchatów est le plus grand perturbateur du climat en Europe. Et la société PGE, ironiquement, est le partenaire gouvernemental de la COP24.

Le plus grand empoisonneur d’Europe

L’organisation ClientEarth – Prawnicy dla Ziemi[1]« Les juristes pour la Terre » https://www.clientearth.org/ pointe du doigt l’activité polluante de la centrale de Bełchatów dans leur campagne sur les réseaux sociaux #iCO2dalej.

« Parmi toutes les centrales d’Europe, cette installation est celle qui rejette le plus de CO2 dans l’atmosphère », écrit l’organisation dans son communiqué de presse.

« Dans le classement des pires pollueurs, il n’y a qu’une seule centrale au monde qui dépasse celle de Bełchatów : la centrale thermique de Taichung à Taïwan, qui prévoit déjà de diminuer ses émissions de CO2 de 25 % ».

Quelques faits sur la centrale de Bełchatów, donnés par les experts de ClientEarth :

  • elle brûle une tonne de charbon par seconde
  • elle émet plus de CO2 par an que ne peuvent en absorber les forêts polonaises
  • ses émissions sont équivalentes à ce que 12 % des plus importants volcans du monde rejettent dans l’atmosphère
  • elle émet autant de CO2 par an que 6,5 millions de voitures
  • elle émet autant de CO2 que la production de viande de 3 millions de vaches

Le rapport « Europe’s Dark Cloud », publié tous les deux ans, ajoute à cette liste d’informations peu réjouissantes que la centrale contribue chaque année au décès prématuré de près de 1 200 personnes.

« Ou bien nous commençons à agir contre la centrale de Bełchatów, ou bien il nous faut oublier notre ambition de stopper le réchauffement climatique destructeur », annonce Ilona Jedrasik de la fondation ClientEarth. « Cette centrale est sans aucun doute le plus grand défi auquel la Pologne doit faire face, si nous voulons vraiment mettre fin aux anomalies climatiques », ajoute-t-elle.

Coke pour le futur

Compte tenu de cela, il est surprenant que le gouvernement ait choisi le groupe PGE comme partenaire du sommet sur le climat. Et à côté de cette société, on trouve d’autres grands pollueurs : Jastrzębska Spółka Węglowa (JSW), Tauron et PGNiG.

Le porte-parole du ministère de l’environnement, Aleksander Brzozka, a tenté de convaincre Gazeta Wyborcza que « les entreprises de charbon polonaises partenaires du sommet sur le climat sont en train de se transformer pour être plus respectueuses de l’environnement ». Mais cette belle histoire a éclaté comme une bulle après l’intervention de Daniel Ozon, président de JSW, qui a expliqué la raison de ce partenariat :

« Au cours du forum international, nous voulons renforcer notre image en tant que premier producteur de charbon à coke et de coke, c’est-à-dire des éléments indispensables à la production d’acier et au développement de l’industrie moderne, y compris l’industrie à faible émission de carbone et des technologies innovantes du futur », a déclaré le président de la société.

Cela se passe sans doute de commentaire.

* Robert Jurszo, journaliste et éditorialiste. Membre de l’équipe éditoriale du mensuel La Vie sauvage (Dzikie Życie). S’il n’est pas en train de lire ou d’écrire, il se trouve probablement en promenade dans les bois. Il enseigne l’art de la survie. Pour OKO.press, il écrit sue l’écologie et sur la commission Smolensk.

Notes   [ + ]

1.« Les juristes pour la Terre » https://www.clientearth.org/
Robert Jurszo