Graffitis italiens de la Grande Guerre à Cegléd

Le vaste ensemble de bâtiments abandonnés de l’ancienne caserne des hussards à Cegléd est un lieu d’exploration rêvé pour tous les amateurs d’exploration urbaine. Mais ces bâtiments tombant lentement en ruines renferment également un trésor pour les amateurs d’histoire militaire : des milliers d’inscriptions gravées par les soldats stationnés ici ainsi que par des prisonniers de guerre.

Pour ce premier article d’une série consacrée à ma passion pour les graffitis historiques, j’ai décidé de vous montrer quelques exemples particulièrement beaux qui ont été gravés par des Italiens enfermés dans cette caserne durant la Première Guerre Mondiale. La plupart de ces graffitis datent de 1915 et portent l’inscription « Fiume » – le nom italien et hongrois de la ville de Rijeka qui faisait partie du Royaume de Hongrie.

En 1911, 46,9 % des habitants de Fiume parlaient italien contre seulement 7,3 % hongrois. Le 23 mai 1915 l’Italie, déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie, les auteurs de ces graffitis sont probablement des Italiens résidant à Fiume qui ont été internés à Cegléd. Au vu des motifs gravés, il pourrait s’agir de matelots italiens qui se trouvaient dans la ville au moment de la déclaration de guerre. Le nombre de prisonniers de guerre italiens en Autriche-Hongrie se montait à environ 250 000 en 1918 (il n’y a pas de chiffre précis pour la seule Hongrie). Il y a également eu plusieurs échanges de prisonniers entre l’Autriche-Hongrie et l’Italie à travers la Suisse.

Toutefois, la majorité des graffitis de la caserne des hussards ne datent pas de la Première Guerre Mondiale, mais de 1945-1946. Après avoir conquis les bâtiments, les Soviétiques ont parqués ici des dizaines de milliers de soldats et de civils hongrois avant de les envoyer dans les camps de travaux forcés en URSS. D’après les historiens, ce sont plus de 200 000 malheureux qui ont transités par ce qui a été le plus grand camp de prisonniers de guerre du bassin des Carpates. Après 1946, les soldats de l’Armée Rouge se sont installés dans la caserne sur les murs de laquelle ils ont également laissé de nombreuses inscriptions.

Hussards, prisonniers de guerre des deux guerres mondiales, soviétiques… les murs de cette vieille caserne forme une sorte de palimpseste de l’histoire militaire de la Hongrie du 20ème siècle que nous déchiffrerons ensemble dans une série d’article qui y sera consacrée !

Vincent Baumgartner