Orbán a sa pub dans Paris-Match

La loi sur les médias en Hongrie aura eu au moins un mérite, celui de faire connaître Viktor Orbán. Aujourd’hui, il faut vraiment le vouloir pour ne pas savoir qui est le Premier ministre de Hongrie. La Une du dernier Paris-Match, bien que principalement consacrée aux événements en Egypte, offre un portrait-rencontre avec le chef du gouvernement hongrois.

En effet, l’immortel Jean-Christophe Rufin, démissionnaire du pas si confortable fauteuil d’ambassadeur au Sénégal, «parcourra le monde pour raconter à Match [et on espère aussi aux lecteurs !] l’histoire au présent», nouvelle rubrique qui manifestement est inaugurée avec le portrait de Viktor Orbán. Quel honneur ! Car l’on peut être sûr que sans le couac de cette affaire des médias – le Premier ministre hongrois aurait bien aimé qu’elle reste «interne» au pays – nul ne se serait souvenu de la présidence magyare. L’actualité européenne n’intéresse en général que peu les médias nationaux de quelques pays que ce soit et ce n’est certainement pas les réalisations que la Hongrie pourra faire au sein du Conseil de l’Union européenne qui aurait modifié cet état de fait. Mais comme quoi, bonne ou mauvaise, toute publicité est bonne à prendre.

Bien sûr, l’on ne croit absolument pas Viktor Orbán lorsqu’il confie à Rufin «qu’il pensait que ce serait pire» parlant de la session du 19 janvier dernier devant le parlement européen. Personne ne supposera que le vote et l’application de la loi sur les médias en Hongrie coïncidant avec le début de la présidence du Conseil de l’Union européenne fut programmé, calculé. Les risques étaient bien trop grands. Mais puisque l’affaire est faite, inutile de se lamenter. Au Premier ministre hongrois de savoir comment tourner la situation à son avantage. Et ma foi, il semble bien se débrouiller. Bien qu’intitulé «L’homme qui fait peur à l’Europe», Rufin conclut dans son article, qu’Orbán n’est pas un dictateur – quelle découverte ! – et qu’il ne faut pas perdre de temps à se poser la question. L’image donnée par l’article est loin d’être négative et c’est manifestement un bon coup de pub.

Tout cela pour ça !

D’autant plus que tout semble rentrer dans l’ordre, du moins serions nous tentés de le croire. Alors que la commission européenne avait laissé deux semaines, une seule a suffit à la Hongrie pour répondre à Neelie Kroes, la commissaire chargée du dossier. Donc tout va bien ? Dans les faits, oui. Le scénario s’est déroulé normalement : critiques de la Commission et contestations des critiques par la Hongrie. Lundi 7 février, la Hongrie a donné de manifestes signes d’ouverture pour amender sa loi sur les médias et doit faire parvenir dans les jours qui viennent un projet de modification de la dite loi.

L’affaire serait-elle enfin terminée ? Viktor Orbán, le «mâle dominant» aurait-il accepté sa défaite face à l’Union européenne ? Pas si sûr. Encore une fois, l’homme a su tirer son épingle du jeu, et surtout, si concessions il y a, elles ne seront que techniques et juridiques et pour l’heure en aucun cas politiques ni idéologiques. Viktor Orbán n’est ni européen ni eurosceptique. Il est le Premier ministre de la Hongrie et persuadé de savoir ce qui est bon pour elle.

Lire le portrait d’Orban par Jean-christophe Rufin dans Paris-Match

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Cécile Vrain